Lâaventure incomparable du Kraken – TVA Sports
Tod Leiweke en a vu d’autres. Avant de devenir le grand manitou du Kraken, il a occupé des postes de direction avec les Seahawks dans la NFL, les Warriors dans la NBA ainsi que les Canucks, le Wild et le Lightning dans la LNH.
Malgré cette longue feuille de route, «rien ne se compare à ce qu’on vit ici», assure le chef de la direction, qui s’est confié sur la fascinante épopée du hockey à Seattle.
Dans les bureaux du Kraken, lors du passage du Journal de Québec la semaine dernière, ça fourmillait de partout. Quelque 200 employés s’activaient entre deux matchs de séries éliminatoires en ville.
On pourrait croire que Tod Leiweke, un homme de 63 ans qui est accaparé d’énormes responsabilités depuis de nombreuses années dans le monde du sport, affiche un air sérieux et renfrogné, mais c’est tout le contraire.
En s’amenant pour l’entrevue, il prend soin de marcher sur la pointe des pieds vers le bureau d’un employé en se cachant derrière son cubicule pour le faire sursauter. Le manège n’a pas fonctionné, mais «Tod est un faiseur de coups légendaire», nous lance en guise d’introduction la vice-présidente marketing et communications, Katie Townsend.
Il faut dire que le bonhomme a de quoi travailler le cœur léger. L’organisation qu’il a contribué à ériger est devenue l’histoire Cendrillon des présentes séries après avoir éliminé en sept matchs les champions défendant de la Coupe Stanley.
«Ce n’est pas seulement le couronnement d’une saison, mais d’une aventure incroyable, folle, extraordinaire et gratifiante qui dure depuis que l’on nous a donné une équipe d’expansion il y a cinq ans», lance d’emblée celui qui est aussi propriétaire minoritaire.
Un gros CV
Qu’il soit émerveillé comme un enfant a de quoi étonner, considérant ce que Leiweke a vécu auparavant dans le sport.
En 2010, chez les Seahawks, il a exercé un rôle influent dans l’embauche de l’entraîneur-chef Pete Carroll, une institution qui est toujours en poste et qui a contribué à amener l’unique conquête du Super Bowl de l’équipe à ce jour quatre ans plus tard.
Il a décroché une panoplie de rôles auprès d’équipes de la LNH, dans la NBA ainsi que dans la haute direction de la PGA.
En 2015, il a été nommé l’un des bras droits du tout-puissant commissaire de la NFL, Roger Goodell, à titre de chef des opérations.
Malgré toutes ces fonctions gratifiantes, c’est avec le Kraken, qui ne partait de rien en décembre 2018, qu’il a senti l’appel le plus fort.
«Je pense qu’un jour notre histoire sera connue comme étant la façon la plus étrange, bizarre et extraordinaire de faire débuter une franchise dans toute l’histoire du sport professionnel», clame-t-il aujourd’hui.
Circonstances uniques
Voilà encore de bien grands mots, que Tod Leiweke nous implore de ne pas sous-estimer. Son point? L’équipe de hockey à 650 millions qui a été octroyée au marché de Seattle arrivait non seulement toute nue avec tout à construire, mais les fondations ont dû être établies en pleine pandémie, une période qui a durement touché le monde du sport comme bien d’autres milieux.
«Nous n’avons pas été les seuls à composer avec tout ça, mais nous sommes les seuls qui devions le faire en lançant une équipe d’expansion. Quand les partisans se sont engagés, ils ne savaient rien de l’équipe, de l’aréna, des propriétaires, des joueurs, de la mascotte! Plusieurs ne comprenaient même pas ce qu’était le hockey. Ils ont fait un énorme acte de foi.
«Il a fallu en plus qu’on mette en place toute une organisation en pleine période de pandémie mondiale. Même quand on a connu nos joueurs après le repêchage d’expansion, ils ne pouvaient pas s’impliquer dans la communauté en raison des restrictions sanitaires. Le défi a été immense. Rien dans le sport ne se compare à ce que l’on a vécu», réitère Leiweke.
La récompense parfaite
C’est en partie pour cela que les membres de l’organisation du Kraken ont le sourire facile malgré tout l’ouvrage abattu. C’est aussi ce qui explique la douce folie bien palpable en ville.
Une présence prolongée en séries dès l’an 2 de la concession s’est révélée un cadeau inespéré.
«Nos partisans, nos employés et nos joueurs se sont accrochés. Ils ont toujours cru qu’il y aurait des jours meilleurs et ils les vivent déjà, actuellement.
«Que l’on parle des supporteurs, de l’aréna, des joueurs, de la direction ou du personnel d’entraîneurs, il fallait que toutes ces facettes atteignent l’excellence pour que ce moment se produise aussi tôt», se réjouit le gestionnaire.
Du bonheur
À quelques occasions au cours de l’entretien, les yeux de Leiweke dérivent vers les fenêtres du bureau, qui donnent directement sur l’une des trois glaces du centre d’entraînement du Kraken, construit au coût de 90 millions.
Difficile pour lui de cacher sa fierté en voyant que la communauté s’est approprié les installations et le sport.
«On voit tellement de jeunes joueurs qui commencent à jouer au hockey et qui veulent apprendre. C’est beau à voir. On sent que ce sport grandit de belle façon ici.
«Pourtant, tous les jours j’ai douté et il m’est arrivé de me demander dans quoi je m’étais lancé. On savait qu’un jour, sans savoir quand, on vivrait les séries et que ce serait un moment important. Nous avons apporté du bonheur dans cette ville. Le monde a besoin de plus de moments comme ceux-là.»
