Michael Woods: le «nobody» devenu champion – TVA Sports

Dix ans avant son spectaculaire triomphe au Tour de France, Michael Woods peinait à se trouver une place dans le monde du cyclisme. Au point où malgré sa forme exceptionnelle et un potentiel intrigant, aucune équipe ne voulait de l’Ontarien.

C’était plutôt en course à pied que Woods semblait en voie de s’illustrer, mais une blessure à un pied a freiné ses ambitions. Il s’est tourné vers le vélo et si le talent était évident, le défi était de le former à devenir un véritable coureur cycliste.

«Il n’était pas connu. Il venait d’arrêter la course à pied et dans le vélo, c’était un nobody», a résumé sans la moindre malice Louis Garneau, qui s’est dit «immensément fier» de l’ancien poulain qu’il a recruté en 2013 au sein de son équipe, Garneau-Québecor.

«Personne en Amérique du Nord ne voulait l’avoir dans son équipe. Je me suis dit: pourquoi pas? Personne n’a cru en lui sauf nous», a-t-il poursuivi.

Crédit photo : ANNIE T. ROUSSEL/JOURNAL

Un surdoué sans salaire

C’est donc au sein de la formation de Québec que Woods a fait ses modestes débuts et qu’il a gravi les échelons. Au départ, toutefois, il était loin d’être le prodige qu’il est devenu.

«Dans l’équipe, c’était tellement le dernier rentré qu’on lui a fait une place de plus parce qu’il avait besoin d’une équipe, d’un maillot, des cuissards, d’un casque et de gants. Il n’avait même pas de salaire à part un petit compte de dépenses. À la base, il a couru pour Garneau-Québecor juste pour de l’équipement», se souvient Garneau, amusé par l’anecdote.

Cela dit, l’ancien cycliste d’élite a vite vu en Woods un diamant brut à polir.

«C’est un surdoué au niveau génétique. On parle d’un gars qui a autour de 92 de VO2 Max. Il a une capacité pulmonaire extraordinaire, c’est très rare. S’il était arrivé plus tôt chez les professionnels, il aurait connu une carrière encore plus magnifique. Aujourd’hui, il a 36 ans et se rapproche de la fin, mais il est en train de récolter les fruits de son travail.»

Un mentor comblé

Bruno Langlois est l’un des premiers à avoir flairé le talent de Woods. Il l’a d’abord remarqué au Tour de Beauce, lors de l’éreintante étape du Mont-Mégantic. Les deux sont par la suite devenus coéquipiers et amis avec Garneau-Québecor.

«Il avait fait une chute au pied du Mont-Mégantic. Après, il m’avait rejoint et il avait fini dans le top 10 de l’étape. Ça m’avait vraiment impressionné et quand je lui avais parlé, il m’avait dit qu’il se cherchait une équipe. 

«Je voyais tout de suite qu’il avait un gros moteur, mais qu’il avait des lacunes au niveau technique. Mon objectif a été d’être un capitaine pour lui, un mentor sur la route. Je lui ai montré tout ce que je savais et ma plus grande force, c’était justement tout ce qui est tactique, mon flair de course», a-t-il noté.

Langlois accueille cette victoire avec beaucoup de fierté et se réjouit de l’impact positif qu’elle peut avoir sur le sport.

«C’est une bonne nouvelle pour le cyclisme en général. C’est le genre de victoire qui va motiver plein de jeunes à persister», a-t-il réagi.

Crédit photo : Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Pas d’âge pour performer

Un autre qui a pris Woods sous son aile, c’est Dominick Gauthier, avec le programme B2Dix, qui vient en aide aux athlètes.

«Ce qui me rend le plus fier c’est de voir un maudit bon gars atteindre son objectif ultime proprement. Il aurait eu à peu près 22 raisons de prendre sa retraite dans les dernières années. Il s’est accroché et c’est un exemple de résilience ultime. 

«Il montre que c’est ridicule de mettre un chiffre sur l’évolution d’un athlète. Aujourd’hui, à 36 ans, il a été le meilleur cycliste au monde sur le plus grand événement de ce sport. C’est capoté! Ça démontre qu’on a chacun nos courbes de progression», a-t-il fait valoir.

En rattrapant Matteo Jorgenson dans les derniers moments de la montée du Puy de Dôme, Woods aura fait vivre d’intenses émotions à ceux qui l’ont épaulé dans le passé.

«Les dernières minutes, c’était comme la Coupe Stanley. C’est incroyable qu’il ait été chercher le gars dans les derniers kilomètres. C’était digne d’un grand film», s’est extasié Louis Garneau.