À 81 ans, Marcel Jobin, qui avait conquis la foule aux Jeux olympiques de Montréal, fait encore de la compétition – TVA Sports

Marcel Jobin a fait vibrer la foule aux Jeux olympiques de 1976 et, presque cinq décennies plus tard, sa passion pour la marche athlétique, celle qui, à ses débuts, lui valait d’être qualifié de « fou », ne l’a jamais quitté. « J’arrêterai quand je serai mort ! » lance en riant l’homme de 81 ans.

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« C’est un peu comme si on demandait à quelqu’un quand il allait arrêter de manger ! ajoute-t-il. Ce serait d’ailleurs une belle mort, de mourir en compétition… »

En compétition, oui, car même 47 ans après ces Jeux où le public montréalais l’avait acclamé en champion en dépit de sa 23e place, M. Jobin continue de parcourir le monde pour se mesurer aux meilleurs de sa catégorie d’âge. 

Marcel Jobin

Crédit photo : Photo d’archives

« Pour un p’tit vieux de 81 ans, je vais assez bien, mentionne M. Jobin. Je dis à mon médecin que quand je me lève, je me sens un peu raide, mais il me dit que c’est normal, qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui ne sont pas raides à mon âge quand ils se lèvent. »

Arrêté par la police

Marcel Jobin sera d’ailleurs des Championnats du monde masters d’athlétisme en Suède, en août 2024, où il disputera trois épreuves : le 5, le 10 et le 20 kilomètres. 

Un événement d’envergure, qui ralliera près de 8000 participants de plus de 35 ans, mais dont certains sont de fiers centenaires. 

C’est ce qui motive le vénérable marcheur à continuer à s’entraîner, plus de 60 ans après qu’il a commencé à cumuler les kilomètres dans les rues de Shawinigan. 

À cette époque – en 1958 –, l’activité physique était loin de jouir de la même popularité qu’aujourd’hui, et certains l’avaient affublé du sobriquet de « fou en pyjama ».

« Je courais avant d’aller à l’école, j’avais 16 ans. La police m’a déjà arrêté. Les gens ne croyaient pas ça ! J’étais un peu avant-gardiste », sourit M. Jobin. 

Marcel Jobin

Crédit photo : Photo fournie par l’Académie sportive Marcel Jobin

Sa passion l’a sauvé

Mais Marcel Jobin n’a plus rien d’un fou, aujourd’hui. Il s’en rend lui-même compte quand, assis chez lui à Saint-Boniface, il voit passer dans sa rue des coureurs de 70, 75 ou 80 ans. 

D’ailleurs, cette passion pour l’entraînement l’a grandement aidé à se remettre d’une sérieuse blessure, une déchirure à un tendon de la cuisse, subie il y a deux ans, puis d’une embolie pulmonaire qu’il a faite l’an dernier, après avoir contracté la COVID-19. 

« Quand j’ai fait mon embolie pulmonaire, j’ai passé un examen nucléaire. Le spécialiste m’a dit que mes poumons fonctionnaient à 40 %, qu’ils allaient me garder à l’hôpital. Alors ils m’ont envoyé à l’urgence », explique-t-il. 

« La médecin m’a dit : “Habituellement, à votre âge, on vous aurait monté d’un étage et on vous aurait plogué sur le respirateur. On ne vous aurait pas laissé aller. Mais vu votre condition physique, allez chez vous, et prenez des médicaments pendant six mois.” »

Après un mois, M. Jobin avait déjà récupéré, à la grande stupéfaction du personnel hospitalier. Et depuis, il cumule les compétitions, en préparation avec son entraîneur, Michel Parent, pour ces fameux Championnats du monde, notamment.

Il était à Saint-Tite en août, puis à Rimouski au début du mois de septembre. Dans quelques jours, il mettra le cap sur Ottawa.

Puis, il devrait s’envoler vers Mexico avant de partir pour la Floride pour un camp d’entraînement, au début de la prochaine année. 

Une leçon de persévérance

Car ce n’étaient pas ces problèmes physiques, aussi sérieux soient-ils, qui allaient stopper l’inarrêtable athlète, qui a également pris part aux Jeux de Los Angeles, en 1984. 

Marcel Jobin en a vu d’autres. Sa carrière est en soi une leçon de persévérance. 

« J’ai eu beaucoup d’occasions d’arrêter, rappelle-t-il. Ç’a commencé en 1972, à Munich, quand j’avais été choisi et qu’à la fin, ils ont enlevé des athlètes de l’équipe. »

Il y a aussi eu ces Olympiques à Moscou, quatre ans après Montréal, où M. Jobin aurait été au sommet de son art, mais qui ont été boycottés par les pays de l’Ouest dans le contexte de la guerre froide. 

« Moi j’ai commencé en 1958, dans ces années-là, tous les meilleurs, qu’ils soient à l’international, Canadiens ou Québécois, étaient anglophones. Je voulais montrer qu’un petit French Canadian était capable de faire de quoi. »

Et il y a eu ce médecin, qui, après une sérieuse blessure au genou subie en 1965, avait prévenu le marcheur : « Jobin, si tu continues à marcher de même, à 30 ans, tu vas être dans une chaise roulante ! »

Marcel Jobin

Crédit photo : Photo fournie par l’Académie sportive Marcel Jobin

Les jambes raides au départ

Force est d’admettre, aujourd’hui, que le médecin a eu tort. 

Marcel Jobin s’entraîne encore six jours par semaine. Pour l’instant, il parcourt hebdomadairement 30 kilomètres, mais il espère continuer à monter graduellement en distance dans les mois à venir. 

« J’ai un tracé, dont un de 20 km, où je vais jusqu’à Shawinigan à partir de Saint-Boniface, manger une poutine ou un sous-marin. J’attends 10-15 minutes et je repars. J’ai fait ça durant tout l’été passé », pointe M. Jobin, qui ne s’inflige pas un régime strict, même s’il se fait « chicaner par son coach et par sa femme quand il prend une ou deux bières. »

Sans la compétition, l’octogénaire ne croit pas qu’il aurait encore la flamme pour l’entraînement. Quand il se retrouve sur la ligne de départ, où qu’il soit dans le monde, il a encore « les jambes raides ». 

Même si ses amis lui disent d’aller s’amuser sur la piste d’athlétisme, « quand le pétard a pété, je ne m’amuse pas ! » précise Marcel Jobin. 

« Pour moi, c’est une motivation, de battre des records, d’aller chercher des médailles. Je veux toujours battre des records », poursuit-il. 

Et pour longtemps encore, visiblement.

« Je vais avoir 82 ans. Je vais peut-être arrêter à 83 ans, puis revenir à 85 ans. […] Parce que ce qui me passionne, aussi, c’est de garder la santé et de montrer aux gens que c’est important de bouger. »

La marche athlétique, loin d’être une petite promenade

  • La marche athlétique, que l’on appelle parfois « marche rapide », fut inscrite aux Jeux olympiques pour la première fois en 1908. Après avoir disparu durant quelques années, elle a été réintégrée chez les hommes en 1952, et en 1992 chez les femmes.
  • Il s’agit d’une discipline qui relève de l’athlétisme et qui est jugée, car les participants doivent :
  1. Toujours garder la jambe d’attaque (celle qui se trouve à l’avant) complètement droite jusqu’au moment où le haut du corps passe au-dessus de celle-ci ;
  2. Toujours garder un des deux pieds au sol. 
  • En compétition, la marche athlétique se dispute en salle ou à l’extérieur, sur des distances allant de 3000 mètres à 50 km. Certains adeptes s’adonnent désormais à la marche athlétique ultra (de 150 à 450 km).
  • En 1995, le Russe Mikhail Shchennikov a atteint une vitesse moyenne de plus de 16,5 km/h, sur 5000 m. 

Sources : Site des Jeux olympiques, Courir Québec

Marcel Jobin

  • Né le 3 janvier 1942 à Parent, en Mauricie (81 ans)
  • Réside à Saint-Boniface-de-Shawinigan
  • A pris part au 20 km des Jeux de Montréal (23e), au 20 km des Jeux de Los Angeles (21e) et au 50 km à Los Angeles (n’a pas terminé)
  • A été champion canadien sur 20 km à 14 reprises, entre 1969 et 1984
  • Nommé Chevalier de l’Ordre national du Québec en 1991
  • Nommé Membre de l’Ordre du Canada en 1992