«Je comptais chaque jour»: arrêté et envoyé de force dans le nord de la Russie, Ivan Fedotov raconte pour la première fois lâexpérience de son service militaire – TVA Sports
«Je comptais chaque jour, je tenais un calendrier. Tu n’as pas d’émotions, tu attends, tout simplement. J’espérais que ça se termine tôt ou tard. Soit tu t’en sors en nageant la tête haute, soit tu te noies là-dedans.»
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Il y a un an jour pour jour, le gardien russe Ivan Fedotov croyait bien avoir atteint son rêve: il signait un premier contrat avec les Flyers de Philadelphie et devait, quelques semaines plus tard, rejoindre l’équipe afin de tenter d’en percer la formation.
Une année, une arrestation et un service militaire forcé dans une base éloignée au nord de la Russie plus tard, disons que le portrait a changé pour cet espoir que certains voyaient comme le gardien d’avenir des Flyers.
Il y a quelque chose de fascinant et de profondément effrayant dans l’histoire du gardien de 26 ans qui a répondu aux questions pour la toute première fois, lundi, depuis qu’il a été arrêté puis envoyé au nord de la Russie afin d’y faire son service militaire.
Au moment de son arrestation en juillet 2022, Fedotov venait de signer son contrat avec les Flyers.
Or, la guerre en Ukraine faisait déjà des ravages et la LNH avait décidé de suspendre son entente avec la KHL, qui stipulait que les deux ligues se devaient de respecter les contrats signés dans l’un ou l’autre des circuits.
Vraisemblablement, le plan nord-américain de Fedotov allait à l’encontre de la loi russe qui oblige les hommes âgés de 18 à 27 ans à faire leur service militaire.
Accusé d’avoir voulu fuir la guerre, il a donc été envoyé dans le Grand Nord et on n’a plus entendu parler de lui par la suite, jusqu’à ce que le CSKA de Moscou annonce l’avoir mis sous contrat il y a quelques semaines, une entente dont la légitimité fait toujours l’objet d’une enquête.
«Beaucoup font leur service militaire et beaucoup ne le font pas. Vous pouvez discuter de ce sujet pendant longtemps, mais la loi doit être respectée. Chacun, d’une manière ou d’une autre, rembourse sa dette envers la patrie», a-t-il commenté lundi, des propos rapportés par le site Sports.ru.
D’un rêve à un autre?
Fedotov a rencontré la presse russe en compagnie du directeur général du CSKA, Sergei Fedorov, et la directive était claire: aucune question sur le contrat signé avec le CSKA, que la LNH et les Flyers jugent invalide et sur lequel la Fédération internationale de hockey (FIHG) ainsi que celle de Russie se penchent actuellement.
Ce qui fascine, c’est qu’en mai 2022, Fedotov posait fièrement avec une casquette des Flyers en signant son premier contrat professionnel. Un an plus tard, le message a quelque peu changé, bien que la LNH demeure un objectif.
«J’ai été guidé par le fait que j’ai manqué une année complète, a mentionné celui qui a tenté de garder la forme en jouant au hockey sur la base navale où il avait été dépêché. Le niveau de hockey de l’armée n’est pas très bon, mais j’ai essayé de garder la forme. Maintenant, la décision a été prise de retourner au niveau auquel j’étais le plus tôt possible. Le CSKA détient mes droits, c’est le club le plus titré et ils ont encore de grandes ambitions. Il n’y a pas d’autres options. La décision a été prise de recommencer à gagner, de ressentir l’adrénaline et le goût de la vie.
«Le rêve de jouer dans la LNH demeure. C’est ce que tout le monde veut, mais chaque chose en son temps.»
Pas de déception
Malgré ces belles paroles, une réalité demeure: le gouvernement russe a privé Fedotov de réaliser son rêve.
«Il n’y a pas de sentiment de déception, a-t-il assuré. C’est peut-être plus de l’insatisfaction. La vie ne s’arrête pas là, tout le monde est en vie. Il faut continuer d’avancer et tirer certaines conclusions. On peut être déçu et s’apitoyer sur son sort, mais ça ne mènera à rien de bon.»
D’ailleurs, tout au long du processus, Fedotov n’a eu que très peu de contacts avec les Flyers.
«Je pouvais appeler ma famille et mes amis. Les Flyers apprenaient ça par la presse. Lorsque j’ai signé avec le CSKA, ils sont entrés en contact avec moi et m’ont indiqué que j’étais sous contrat. C’est le seul contact que j’ai eu.»
Par ailleurs, Le Journal a tenté d’obtenir des précisions auprès de la FIHG au sujet de l’enquête en cours, mais un porte-parole nous a répondu que l’organisation «monitore la situation afin de s’assurer que l’entente sur les transferts de la FIHG a bien été respectée par tous les partis impliqués et ne fera pas de commentaires supplémentaires à ce stade-ci».
