Christine Sinclair insultée comme jamais

Visage du soccer féminin au Canada, Christine Sinclair a démontré à quel point l’ex-président de Canada Soccer lui avait manqué de respect lors de son passage devant le Comité permanent du patrimoine canadien, jeudi.

Capitaine de la formation nationale, Sinclair a abordé en 2021 le sujet de l’écart énorme de rémunération entre les équipes masculine et féminine.

«Personne ne m’a plus insulté que [l’ex-président] de Canada Soccer, Nick Bontis, l’an dernier, lorsque nous nous sommes rencontrés pour présenter nos préoccupations.

«Il a écouté ce que j’avais à dire. Plus tard pendant la rencontre, il a référé à mes propos en disant “Quelle était la chose sur laquelle Christine se plaignait [bitching about]?”»

Les doléances de Sinclair étaient pourtant justifiées : les membres de l’équipe masculine étaient payés cinq fois plus que leurs consœurs en 2021.

Ce fossé énorme et les récentes coupes budgétaires qui ont frappé la sélection féminine ont eu un énorme impact sur la santé mentale, physique et financière des championnes olympiques en titre, tout comme sur leur programme de développement.

«Ça compromet notre préparation, notre réhabilitation et nos entraînements, a expliqué Janine Beckie. Ça signifie parfois qu’en tant que joueuses, nous devons parfois choisir quel traitement médical nous voulons recevoir lorsque le personnel est trop occupé.»

«Il n’y a plus qu’un camp d’entraînement par année pour l’équipe nationale de jeunes, a corroboré Sophie Schmidt. Le système de développement de joueuses est brisé. Quel genre de message cela envoie aux jeunes qui rêvent de représenter le Canada?»

Du pareil au même?

À la toute fin du mois de février, Bontis a finalement remis sa démission, à la suite d’une demande formulée par les 13 organisations provinciales et territoriales du pays.

Sa remplaçante, l’ancienne joueuse Charmaine Crooks, est devenue la première femme et personne de couleur à occuper ce poste.

Ce vent de changement pourrait toutefois être illusoire, aux yeux de Quinn, membre de l’équipe nationale.

«Je ne crois pas qu’on ait confiance en elle, a-t-elle lancé. Charmaine était membre du conseil d’administration depuis 2013. Elle n’a jamais montré son soutien pour le programme féminin. Elle fait partie de la vieille garde.»

La formation de l’unifolié demande avant tout de la transparence et du respect de la part de la fédération.

«Nous avons connu du succès avec peu de ressources, a conclu Beckie. On s’attend à ce que nous en fassions encore plus avec moins. Nous sommes tellement fatiguées et tannées de devoir mener le même combat.»

Voyez combien les joueurs et les joueuses du Canada seraient payés:

Pour la première fois de son histoire, Canada Soccer pourrait offrir l’équité salariale à ses joueurs des équipes masculines et féminines. Très ouverte sur ses procédures, l’organisation a dévoilé plus tôt dans la journée les chiffres de sa nouvelle proposition de convention collective.

Selon cette offre remise aux Associations des joueurs jeudi, tous les athlètes, peu importe leur genre, seraient payés 3500 $ par match. Des bonus pouvant aller jusqu’à 5500 $, selon le classement de l’opposition, s’ajouteraient pour chaque rencontre.

Avec cette nouvelle rémunération, l’équipe féminine du Canada deviendrait la deuxième mieux payée des 211 nations de la FIFA. Ses membres avaient amorcé un mouvement de protestation au mois de février en refusant de participer à des entraînements en marge de la Coupe SheBelieves. Les joueuses demandaient un salaire plus équitable par rapport à leurs homologues masculins.

C’est en estimant qu’elles n’étaient pas assez soutenues par Canada Soccer à l’approche de la prochaine Coupe du monde, du 20 juillet au 20 août 2023, que les joueuses ont amorcé leurs protestations. C’est d’ailleurs un problème qui serait réglé par la nouvelle convention collective, puisque chaque équipe nationale recevra 1,15 million $ pour sa qualification au prestigieux tournoi.

Finalement, Canada Soccer propose également de répartir plus équitablement les montants d’argent inégaux remis lors des compétitions internationales.

Quant au financement des équipes, surtout à ce qui a trait aux grandes compétitions, la fédération a promis un traitement équitable. Elle ne peut proposer autant d’argent pour chaque sélection, puisque certains tournois demandent des moyens plus grands, notamment au niveau du déplacement. Les hommes, par exemple, ont la Ligue des nations de la CONCACAF, qui n’a pas encore de pendant féminin.

Pour son financement, Canada Soccer procédera à l’embauche d’un nouveau directeur commercial et mettra sur pied un nouveau département au sein de l’organisation qui s’occupera d’efforts fondamentaux et philanthropiques.