Jusquâoù ira Gabriel Diallo? – TVA Sports
TORONTO | Il y a un an, quand il s’est présenté à Granby, où il allait remporter le premier titre Challenger de sa carrière, Gabriel Diallo était 519e au monde. Le Québécois flirtera désormais avec le 130e rang de l’ATP, lundi, lui qui est fort de sa première victoire sur l’ATP. Dans un Masters 1000, de surcroît, et face à un joueur classé dans le top 25.
Maintenant, jusqu’où ira le sympathique géant de 21 ans, qui, du haut de ses 6 pi 8 po, présente un style explosif capable de déranger, et même de battre les meilleures raquettes au monde, comme on l’a vu dans les derniers jours? Top 50, top 20? Mieux encore?
Le tennis étant le tennis, impossible de le prédire avec certitude. Même les joueurs sont de plus en plus réticents à se prononcer publiquement sur leurs aspirations en termes de classement.
Un bon étudiant
Mais une chose semble certaine: pour le Montréalais, ce n’est que le début.
Car malgré son ascension rapide au classement, malgré sa victoire contre le Britannique Daniel Evans, 21e raquette mondiale, mardi au premier tour de l’Omnium Banque Nationale de Toronto, Diallo a encore beaucoup à apprendre, explique son entraîneur, Martin Laurendeau.
Ce qui est normal, puisque Gabriel n’est professionnel que depuis huit mois.
Et ce qui tombe bien, puisque Gabriel est un étudiant. Un vrai, qui sera diplômé en finances bientôt, après avoir opté pour un passage de quelques années sur le circuit universitaire américain plutôt que pour un saut chez les professionnels dès ses 18 ans.
Mais il est un étudiant du jeu, aussi. On le comprend rapidement en entrevue, quand il parle du classement de ses adversaires.
«La constance [d’Alex de Minaur, son tombeur au deuxième tour], c’est ce qui a fait la différence, avait pointé le Montréalais, mercredi. C’est ce qui explique pourquoi il n’est jamais sorti du top 50.»
Vérification faite, depuis qu’il a effectué son entrée dans ce fameux top 50, en août 2018, de Minaur, actuellement 18e mondial, ne l’a plus jamais quitté.
Si cette question avait été à l’examen, Diallo aurait donc eu le point.
Beaucoup, beaucoup de premières
«Pour l’instant, Gabriel est encore en pleine découverte», explique Laurendeau qui, depuis un an, aide Diallo à temps plein dans sa transition du circuit universitaire au circuit ATP.
«Cette année, c’était sa première fois en Australie, dans les qualifications d’un tournoi du Grand Chelem, en Europe, sur terre battue rouge, sur gazon, son premier ATP 250, son premier Masters 1000, énumère-t-il. Il est vraiment dans l’apprentissage de la vie professionnelle sur le circuit.»
Cette vie sur le circuit est bien différente de celle de la NCAA. Diallo le soulignait d’ailleurs, mercredi. En côtoyant quelques-uns des plus grands noms du tennis, cette semaine, il a découvert leur routine imperturbable.
«À l’université, ce n’était pas constant, a-t-il notamment raconté. Quand on gagnait, c’était génial. Tout le monde faisait ses étirements.»
«Mais quand on perdait, on retournait dans la van. L’entraîneur n’était pas content, alors on n’avait pas le temps de s’étirer et de faire ce genre de choses», a-t-il continué, sourire en coin.
Deux années pour trouver ses repères
Mais déjà, note Laurendeau, son jeu a beaucoup évolué. Bien sûr, il y a encore des progrès à faire. Et c’est tant mieux, parce que cela signifie que le Montréalais est loin d’avoir atteint tout son potentiel.
«Il doit encore améliorer sa constance, mentionne l’entraîneur. Il est capable d’aller chercher de grosses victoires et de jouer avec son gros jeu intimidant sur certains matchs. […] Mais pour être top 20, top 50, ça prend de la régularité.»
«Ça, ça prend un certain temps [à acquérir]. Et il faut qu’il se donne le temps, car tout est allé tellement vite dans la dernière année.»
L’expérimenté Laurendeau, lui-même un ancien joueur, croit qu’il faudra peut-être à son protégé deux années sur le circuit pour trouver réellement ses repères.
Cinq pouces en trois ans!
Mais Diallo semble avoir toutes les qualités requises pour faire fructifier son potentiel. Son actuel mentor le décrit comme ayant «une bonne tête sur les épaules».
«Il est serein, bien éduqué, il sait qu’il a beaucoup de travail à faire, il étudie beaucoup le jeu, il est très analytique et il est très humble par rapport à où il vient et ce qu’il veut accomplir comme carrière», soulève l’entraîneur.
Car la progression de Diallo, aussi rapide soit-elle depuis un an, s’est faite sur le tard. À 18 ans, il n’était pas prêt à passer chez les professionnels.
Comme plusieurs autres joueurs, explique Laurendeau, qui rappelle également que les athlètes aux parcours comme ceux de Félix Auger-Aliassime et de Denis Shapovalov forment l’exception, et non la norme.
Même la croissance s’est faite assez récemment. Du moins, dans ses standards de très grand joueur. Car quand il est entré à l’Université du Kentucky, à 18 ans, Diallo mesurait 6 pi 3 po. Il a donc pris cinq pouces depuis.
«Même son corps n’est pas encore bien établi, pointe l’entraîneur. Et pour les grands gaillards, la coordination prend plus de temps à se mettre en place.»
«C’est à sa portée»
Mais déjà, ses résultats de cette semaine laissent présager que Diallo est sur la bonne voie.
«Il a eu la chance de jouer deux matchs et de vraiment voir comment il se compare avec les meilleurs au monde, contre des top 20, top 25», souligne Laurendeau.
«Et c’est rassurant de voir qu’il se débrouille bien et qu’il y a beaucoup de travail à faire, mais que c’est à sa portée», se réjouit-il.
