La gestion d’une chaleur insensée chez les Alouettes – TVA Sports

MONTRÉAL – Chaleur accablante ou pas, l’organisation des Alouettes de Montréal ne se pose même pas la question : s’il y a un entraînement à l’horaire, il aura lieu. Point final. 

Mardi et mercredi, deux journées où le mercure dépassait les 40 degrés Celsius en considérant le facteur humidex, tous les joueurs des «Moineaux» étaient à pied d’œuvre sur le terrain synthétique situé entre le Stade Olympique et le Stade Saputo. Sur place, impossible de ne trouver ne serait-ce qu’un centimètre carré d’ombre. Un vrai four!

Plusieurs journalistes présents sont armés d’un parapluie. Non pas qu’une averse est imminente. Ce serait trop beau pour être vrai! C’est seulement l’avenue la plus efficace, en ces suffocantes circonstances, pour détourner les effets de ce soleil particulièrement incisif. 

Mais le parapluie, aussi efficace soit-il en termes de protection, n’offre pas d’«option rafraîchissement». Assi en bordure du terrain, immobile (précisons-le), l’auteur de ces lignes est aussi détrempé qu’il le serait à la suite d’un plongeon dans une volumineuse piscine. Mais vous aurez deviné que le ressenti est alors extrêmement différent.

Mais assez parlé des journalistes! Les héros du jour, les vrais courageux, ce sont les représentants (joueurs et entraîneurs) des Alouettes. Allons-y de quelques chiffres. 

Un entraînement dure en moyenne 2h. La croyance veut (et je n’ai aucune raison de douter de ce que je vous avance ici) que la température sur du gazon synthétique puisse grimper de 10 °C par rapport aux températures environnantes. Si l’on considère donc que le mercure du jour était de 40 degrés, on comprend alors que l’organisation montréalaise s’est entraînée sous une chaleur avoisinant… les 50 degrés.

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

Si les entraîneurs l’ont fait sous une tenue sportive légère (shorts et chandail à manches courtes), les joueurs, eux, sont restés fidèles à leur équipement protecteur aux allures d’armure. 

Et petit scoop : personne n’a levé le pied. À quelques jours d’un important duel face aux Argonauts, toutes les minutes d’entraînement comptent. 

«Ne misez pas sur le coach pour écourter la pratique, nous confie un membre de l’équipe. La chaleur, lui, il n’en a rien à cirer!»

À l’interne, tout le monde demeure toutefois bien informé sur les enjeux et risques entourant ces difficiles séances. Chaque joueur les aborde à sa façon, que ce soit au niveau de la préparation pré-entraînement ou lors de la phase de récupération suivant celui-ci.

Le TVASports.ca vous propose aujourd’hui, via les témoignages de deux interlocuteurs de choix, une incursion au cœur de la façon dont la chaleur extrême est vécue par une équipe sportive professionelle, lire ici les Alouettes. 

Des pertes de poids… qui n’ont aucun sens  

Pierre-Olivier Breault est l’entraîneur de renforcement musculaire et de conditionnement physique des Alouettes. Évidemment, son travail est appelé à changer lors des journées où, comme cette semaine, une telle chaleur s’invite. 

«En fait, on commence nos vérifications quelques jours avant la période d’effort. Il faut s’assurer que les joueurs s’hydratent suffisamment et ne manquent de rien en prévision de leur entraînement ou de leur match. On sensibilise beaucoup les gars sur tout ce qu’implique un effort d’endurance sous une température comme celle-ci. 

«Pendant l’entraînement, mes vérifications sont plus nombreuses qu’à l’habitude. On pose des questions aux joueurs et on s’assure qu’ils soient bien. Puis, au terme de la séance, je rappelle à tous qu’ils ont perdu beaucoup de poids et je leur répète qu’ils doivent s’assurer de bien récupérer. On demande aux joueurs de se peser avant et après la pratique, question de savoir qu’elle quantité de liquide ils doivent boire pour revenir à leur poids d’origine.»

Et quand Breault parle de perte de poids, il ne parle pas de quelques grammes.

«On a vu cette année, lors du camp d’entraînement, des gars perdre 10-12 livres, précise le spécialiste. Et pour te donner une idée, on demande aux athlètes de consommer 1,5 litres d’eau par kilogramme de poids perdu. 12 livres équivalent à 5,4 kilos, donc ça fait beaucoup d’eau!»

Au cours de sa carrière, le jeune homme en a vu de toutes sortes en ce qui a trait aux risques associés à la chaleur. Il préfère donc se montrer prudent. 

«J’ai vu des cas de coups de chaleur où on n’a pas eu le choix de mettre les athlètes en immersion froide complète pour renverser la vapeur. Il faut s’assurer de tout faire pour éviter d’en arriver là.»

«En général, c’est difficile de dépasser 21h le soir»

Plongé au cœur de cette chaleur extrême depuis le début de la semaine, le demi défensif Marc-Antoine Dequoy ne s’en cache pas : il a chaud.

Lorsqu’on lui demande comment il aborde son boulot en de telles circonstances, le Québécois offre quelques pistes. 

«D’abord, je m’attache les cheveux. Ils sont très longs, donc cette façon de faire permet à mon cou de mieux respirer. J’ai aussi entendu dire qu’appliquer de l’eau sur ses mains et ses joues pouvait aider à faire baisser la température du corps. Je bois également beaucoup d’eau, évidemment. Mais le meilleur truc demeure la force mentale. Il n’y a pas grand-chose de plus difficile qu’un entraînement sous la chaleur, mais ça travaille beaucoup la force mentale.»

Alouettes: Marc-Antoine Dequoy –

Et une fois l’entraînement terminé? 

«Des électrolytes et beaucoup de repos. En général, c’est difficile pour moi de dépasser 21h le soir. Une semaine du genre me fait réaliser que j’aime beaucoup jouer quand il fait froid!»

Une température plus clémente. C’est, avec une victoire évidemment, ce qu’on souhaite aux joueurs des Alouettes pour leur match de samedi, contre Toronto. 

Ils l’ont bien mérité, après tout.