NFL: un moment historique pour Matthew Bergeron – TVA Sports
FLOWERY BRANCH, Géorgie | Dans la salle de réunion d’équipe des Falcons en banlieue d’Atlanta, une horloge fait le décompte des jours, des heures, des minutes et des secondes avant le duel de dimanche face aux Panthers de la Caroline. Pour Matthew Bergeron, une belle fébrilité s’installe plus le grand jour approche, lui qui deviendra le premier joueur natif du Québec à faire ses premiers pas dans la NFL à titre de partant.
Tous les jours, quand le garde à gauche victoriavillois prend place dans la salle et que les secondes sur l’écran s’écoulent, sa nouvelle réalité le frappe.
«Chaque fois que je passe là, je me dis: “Tabarouette, ça approche de plus en plus!” C’est sûr que je deviens nerveux, mais c’est positif. J’ai juste hâte de faire mes preuves, j’en rêve depuis que je suis tout petit. Ça a l’air gros, un match de la NFL, mais pour moi, c’est un match de football comme quand je jouais pour les Vicas», a-t-il confié au Journal, sur place à Atlanta pour les débuts de Bergeron.
«Je suis content de représenter le Québec. C’est sûr que je suis fier de ça. J’aimerais ça qu’un jour, ça ne soit plus quelque chose d’anormal de voir un Québécois percer dans la NFL et que ça devienne comme au hockey», a-t-il pris soin d’ajouter.
Dans la cour des grands
Sa place dans le vestiaire, Bergeron ne l’a clairement pas volée. D’ailleurs, comme «cadeau» de bienvenue pour avoir fait son nid parmi les «Dirty Birds», le Québécois doit, comme toutes les autres recrues, verser un montant de 20$ aux vétérans, qui investiront les sommes recueillies en fin de saison dans un colossal souper d’équipe.
«C’est mon loyer», constate-t-il, un large sourire aux lèvres.
Cette place, il a dû l’obtenir à la dure. Depuis la conclusion de sa dernière saison à l’Université de Syracuse en décembre, sa vie est un feu roulant.
Les innombrables entraînements, les entrevues avec les équipes, le repêchage, les entraînements printaniers et un exigeant camp d’entraînement de six semaines qui vient de prendre fin l’ont vite plongé dans le bain de la NFL. Les journées qui débutent en gymnase à 6h30 le matin et qui se terminent après les réunions de recrues en milieu de soirée sont devenues son quotidien et loin de lui l’idée de s’en plaindre.
«C’est très exigeant pour une recrue, mais j’aime ça quand ça roule. Quand je ne fais rien, c’est là que je réfléchis et que je deviens anxieux. Je ne peux pas rester à rien faire. Je m’épanouis là-dedans», a-t-il fait remarquer.
Une vraie journée «de merde»
Pourtant, le rêve de la NFL n’est pas toujours idyllique. Il y a des hauts et des bas, comme dans tout domaine professionnel. Sur le terrain, ses entraîneurs attendent beaucoup de lui et ce n’est pas souvent le festival de la tape dans le dos.
Bergeron raconte même d’un ton amusé qu’à la fin d’une rude journée durant le camp d’entraînement, l’entraîneur-chef Arthur Smith est entré dans la salle de réunion en disant à Bergeron qu’il venait de connaître une journée merdique («dog shit day»). On repassera pour les gants blancs!
«Comme tout le monde, ça m’a affecté sur le coup, mais il faut apprendre. La journée d’après, je n’ai pas fait les mêmes erreurs et c’est juste ça que mon coach voulait voir. Les vétérans m’ont dit qu’il faisait juste ça pour voir comment j’allais réagir quand j’allais tomber en situation de match. Il m’a testé et j’ai bien réagi», a-t-il résumé.
Une nouvelle position
Au-delà de la force brute de Bergeron, c’est peut-être justement son flegme en situation de crise qui a séduit ses nouveaux patrons.
Après tout, il lui a non seulement fallu faire sa place dans la NFL, mais le tout en apprenant une nouvelle position, lui qui a auparavant évolué comme bloqueur sur la scène universitaire.
«Physiquement, je n’ai pas changé, mais mentalement, j’ai dû m’adapter. Quand tu es garde, les choses se passent beaucoup plus vite que comme bloqueur. Tu affrontes des plus gros bonshommes, donc il y a moins de finesse. Ces gars-là veulent tous te rentrer dans le chest. Il a fallu que je change le placement de mes mains et de mes pieds. Mon côté athlétique et ma force naturelle m’ont aidé à m’ajuster», a expliqué celui qui fera face dimanche à l’un des plaqueurs en émergence dans la ligue, Derrick Brown.
Dans le monde adulte
Comme si le défi n’était pas assez grand, Bergeron a traversé l’incessant tourbillon printanier et estival en se portant acquéreur d’une maison dans la région d’Atlanta, avec toutes les responsabilités qui viennent avec et qu’il a découvertes sur le tas.
«C’est la vie d’adulte qui me frappe à 23 ans. J’ai appris à m’occuper de payer mes taxes, à magasiner mes affaires, à faire faire l’inspection de la maison. J’ai fait installer les systèmes d’alarme et je me suis occupé de gérer les pesticides parce qu’en Géorgie, il y a présence abondante d’insectes. J’ai découvert pas mal d’affaires! Tu fais des erreurs et il y a un moment où j’avais l’impression que tout arrivait en même temps», a-t-il souri, toujours incrédule.
Maintenant que ces mois éprouvants sont derrière lui, la partie la plus importante du boulot, mais aussi la plus stimulante, se dresse devant lui. Après tout, c’est sur le terrain du Mercedes-Benz Stadium, dimanche à 13h, que Bergeron se sentira vraiment dans son élément.
«Je me sens préparé et je pense que j’ai ma place. Ça va être un gros test pour moi. Ce ne sera pas parfait, ce ne sera pas toujours beau, mais l’important, ce sera ma façon de réagir aux petites défaites pour les changer en victoires.»
En français, svp!
En frais d’initiation à titre de recrue, Matthew Bergeron est loin d’avoir vécu les histoires d’horreur qui ont pullulé au fil des ans dans différents sports. Son fardeau quotidien a plutôt été d’amener la nourriture aux vétérans et de transporter des équipements. Le fait saillant est sans nul doute son interprétation de l’hymne national canadien devant une salle bondée de joueurs. «J’aimerais que le Québec sache que j’ai chanté en français seulement. C’était drôle et tout le monde a aimé ça», a fièrement lancé l’ancien du Cégep de Thetford Mines et choix de deuxième tour des Falcons.
Une saucette dans l’action
Matthew Bergeron a eu une bonne idée dès les premières semaines du camp d’entraînement que les Falcons envisageaient de l’installer dans la chaise du garde à gauche partant. Non seulement le vétéran Matt Hennessy est tombé au combat et sa saison est déjà terminée, mais à l’image des autres partants dans l’équipe, il n’a vu que très peu de terrain en matchs présaison. «J’ai pu avoir un avant-goût de ce qui m’attend. J’ai joué deux séries contre Cincinnati. Je ne suis plus le même joueur qui est arrivé ici le 18 juillet», a-t-il assuré.
Sur les unités spéciales
Matthew Bergeron verra non seulement de l’action à l’attaque dimanche, mais il contribuera aussi sur les unités spéciales. Sans dévoiler toutes ses cartes, le coordonnateur des unités spéciales Marquice Williams a indiqué au Journal que Bergeron serait utilisé comme protecteur en situation de bottés de précision, que ce soit sur des placements ou des transformations d’après touché. «Il sera notre retourneur de dégagement secret! Probablement qu’il aimerait ça!» a-t-il lancé à la blague en conférence de presse, avant de saluer le «comportement et le professionnalisme» de Bergeron.
