Retrouver le chemin de la victoire

Quand Danny Lee a choisi le fer droit pour son troisième coup, aux abords du vert, au troisième trou de prolongation, Steve Foisy et moi nous sommes regardés avec étonnement. Pour vrai? Quelques secondes plus tard, Lee nous forçait à nous rétracter. En plein cœur de la coupe, pour renouer avec la victoire après 8 ans.
En entrevue d’après-partie, Lee m’a ému. Sous le choc de la victoire, il s’exclame à Dom Boulet de l’équipe de diffusion américaine: «Je ne savais plus si gagner c’était pour moi…» Une courte phrase qui résume le quotidien de tellement de golfeurs professionnels, de tellement d’athlètes, de tellement de gens en général.
Quand le doute s’installe, c’est souvent déjà perdu. Lee a perdu le tournoi au deuxième trou de prolongation avec un roulé de 8 pieds. Lui qui avait été si solide dans les rondes précédentes. Merci à Brendan Steele qui a envoyé sa balle dans la fosse, après 55 trous de quasi-perfection, la porte s’est ouverte pour Lee.
Lee est arrivé sur le circuit LIV avec un contrat de trois tournois. Pas de millions garantis, pas de gros chèque, juste la certitude de faire 360 000$ au minimum. Lee, dans sa carrière, s’est souvent promené entre le circuit Web.com (le KFT de l’époque), le tour Européen et le PGA Tour. Jamais il ne s’est planté solidement les bottines quelque part. C’est peut-être sur la LIV que ça arrivera.
Plus riche de 4 millions, bien installé dans l’équipe de Kevin Na, Lee pourrait jouer les trouble-fêtes souvent cette saison.
«Je ne savais plus si gagner c’était pour moi..» Cette phrase résonne encore en moi. Je pense à tous ces jeunes loups, prêts à parcourir des milliers de kilomètres dans une voiture en ruine, à s’en servir comme chambre de d’hôtel, à prendre son «bain» dans des complexes de condos aux abords des terrains, à laisser tout ce qu’ils ont sur la table pour peut-être.. un jour.. s’y rendre. Pour peut-être un jour y toucher… à la victoire.
Leishman se dégonfle
Mark Leishman, c’est l’ultime «bon Jack». Papa de trois enfants, golfeur au sourire charmant, athlète dans la moyenne, capable de bonnes choses et aussi capable de passer totalement inaperçu, il nous aura déçu lors de la ronde finale.
65-67-77: la débandade. Deux matins comme meneur, deux matins à se dire: Leishman peut le faire. Le Gallery GC qu’il avait semblé maîtriser en ronde d’ouverture l’aura mangé tout rond pour la ronde de dimanche. Quand le vent s’y met, en Arizona, ça prend de la chance et un mental en acier pour s’en sortir sans trop faire d’erreurs.
C’est dommage, surtout les autres membres de Ripper. Ils avaient une chance de podium, mais le capitaine Smith n’a pas connu un grand tournoi non plus.
Se comporter en adulte
Questionné en point de presse, samedi, à savoir s’il s’attendait à des malaises au souper des champions du Tournoi des Maîtres, Sergio Garcia a fourni assurément la meilleure réponse qu’il aurait pu donner : «Il va falloir demander à ceux qui essaient de créer ça comme ambiance. Moi je suis très heureux d’y aller. J’ai très hâte de revoir tout plein d’amis. J’y serai, et j’en suis fier, parce j’ai mérité d’y aller et ma place me revient.»
La tradition est simple: il a mérité d’y aller. Il l’a gagné. Il a le veston. Point barre. Il mérite une chaise au souper et une présence au tournoi, pareil comme Tiger, Scottie, Hideki, Danny Willett, Jordan Spieth, etc.
Je le sens que les fameuses discussions LIV/PGA seront derrière nous bientôt. Qu’on passera à autre chose. Que les différents médias de golf se trouveront d’autres histoires pour agrémenter leur section de nouvelles. J’ai l’impression que certains journalistes appelleront désormais ce circuit par son vrai nom: «La LIV Golf League». Pas la ligue saoudienne, pas la ligue de l’Arabie, pas la ligue du PIF. Sinon, je m’attends à les voir écrire, non pas sur Disney, mais sur le parc d’attraction saoudien. Je m’attends à les voir raconter les histoires des avions du PIF, pas de la compagnie Boeing. Un peu de conséquence et de lâcher prise, c’est toujours bon pour le pouls et le stress.
Le golf est en santé. Le PGA Tour n’aura jamais été aussi excitant, les athlètes sont beaucoup mieux payés. Le produit télé est bon partout. Tout le monde y gagne.
Honnêtement, la nouvelle caméra présente lors des tournois de la PGA à CBS où on suit des golfeurs après leurs coups de départ, oreillette en fonction, où ils nous expliquent leur lecture du trou, c’est du bonbon télévisuel. C’est juste magique.
Les «elevated events» sont beaucoup plus enlevants. Les stars se retrouvent toutes au même endroit. C’est honnêtement fantastique. Alors maintenant? Jouons au golf.
Que Rory laisse faire les rencontres de sept heures, que les journalistes qui ont encore de la difficulté avec la situation actuelle soient honnêtes et affirment que tout le monde y gagne, que les joueurs jouent où ils le veulent, et surtout surtout, que les fans aient accès à un produit de top qualité où les meilleurs s’affrontent, surtout, surtout en compétition internationale.
Ah oui. Qu’on retrouve un vrai système de classement mondial qui fonctionne et qui reflète le portrait actuel.
En route vers Orlando
31 mars au 2 avril prochain sur TVA Sports. Tournoi numéro 3 de 14 de la LIV Golf à TVA Sports!
Salut!
Max Lalonde
